Texte WFB Chaos : Une nouvelle recrue

Publié le par Adanedhel

 

LES CHRONIQUES DE VARDEK CROM, LE CONQUERANT

Une nouvelle recrue


Juillet 2007


Voici un petit récit écrit pour le concours d'historique du tournoi de Bettancourt-la-Ferrée.



Si l’arrivée de l’ogre Grabal et de ses deux fils au sein de la troupe avait rapidement été acceptée par ses belliqueux guerriers – au vu des prestations martiales de la famille, c’était plutôt logique - Jardek Mucc s’inquiétait de plus en plus de la réaction de ses hommes alors que les hurlements inhumains s’intensifiaient encore. Certes Jardek chevauchait une monture démoniaque, mais celle-ci n’acceptant que la proximité de son cavalier, elle ne se faisait pas remarquer dans le camp. Et puis cette monture était bien la preuve de la suprématie du général Kul, alors tout le monde se taisait. Jardek l’avait ravie au chef d’une tribu Kurgan voisine lorsque celle-ci avait tenté de conquérir le territoire Kul. Certes, l’armée était suivie par une harde de gargouilles, mais de l’avis de chacun, d’un commun accord tacite, ces créatures volantes ne faisaient certainement pas partie de leurs troupes. Elles semblaient juste agir de leur propre chef et seul le sorcier Tobiak parvenait parfois à leur « suggérer » de se jeter sur les troupes ennemies.


Mais ces hurlements dépassaient de loin les grognements des ogres, les hennissements enfumés de sa monture et même les cris stridents de gargouilles fondant sur leurs proies.


Cela faisait déjà trois mois que l’armée avait pris la route de la Sylvanie, d’où étaient parvenus les derniers messages de leur seigneur Vardek Crom, deux ans auparavant. Personne depuis n’avait osé revendiquer le trône Kul et le fils de Crom n’avait pas cinq ans. Ainsi lorsque le guerrier Jardek Mucc avait mené la défense et la contre-attaque lors de la bataille contre les Kurgans, les sages lui confièrent l’expédition pour retrouver Crom.


Jardek Mucc tenta d’oublier un peu les hurlements en se remémorant les premiers jours de marche. Comme ces heures semblaient loin déjà ! La première apparition des gargouilles, le troisième jour, leurs ombres au-dessus des troupes en marche, l’inquiétude et la colère des hommes, les incantations du sorcier qui firent reculer les démons à l’arrière du cortège pour ne plus s’en approcher. Puis, plus récemment la rencontre avec Grabal, l’ogre banni avec ses fils pour avoir tenté de renverser le chef de son clan. Malgré la force du lourdaud, Jardek n’avait pas tardé à le mettre à terre. Grabal avait alors mis sa vie entre les mains du Kul qui, malgré les réticences de ses lieutenants, lui laissa la vie sauve en échange de ses services.


En dépit de sa défiance de la magie, Jardek s’était laissé convaincre par les anciens d’emmener le sorcier Tobiak, pour sa maîtrise du feu et sa « compréhension du monde », comme ils disaient. Si le feu pouvait bien être utile, « comprendre le monde » ne résisterait pas longtemps à un bon coup de hache avait pensé le général. Mais il avait depuis bien dû admettre que cette « compréhension » avait tiré l’armée de plus d’un mauvais pas, prévenant les embuscades et les détours inutiles. Une armée du chaos ne refusait en général jamais une bonne bataille mais les troupes de Jardek avaient plus urgent à faire, et si possible, discrètement : relier la Sylvanie, trouver Crom et ses hommes et rentrer au Nord avant que les Kuls ne subissent de nouveaux assauts.


Et voilà que deux semaines auparavant, Tobiak avait « compris » que quelque chose d’important se préparait non loin de leur campement, dans la cité impériale de Betancourt, quelque chose qui l’attirait mais l’effrayait tout autant.


Mais aujourd’hui Jardek maudissait ce matin-là, cette aube où il avait accepté de ne pas reprendre la marche avant que le sorcier n’en sache plus.


Un nouveau hurlement, plus terrible encore que les précédents, se fit entendre, laissant la place à une rumeur qu’aucun général ne supporterait dans ses rangs. Ses hommes se méfiaient de plus en plus et les regards noirs se multipliaient sur leur général et la maudite tente derrière lui. Un autre maudit matin lui revint à l’esprit.


C’était il y une dizaine de jours, Tobiak regardait vers l’ouest. Jamais Jardek n’avait vu tant de gravité sur le jeune visage du sorcier.


« Betancourt, murmura le sorcier avant que son regard ne croise celui de son général qui venait de la rejoindre. En faisant volte-face en direction des montagnes à l’est il ajouta : là haut se trouve ce qui nous permettra de vaincre »


Tobiak garda le silence quand Jardek lui demanda ce qu’il y avait à vaincre, comme il gardait le silence à chaque fois que le général mentionnait Betancourt. Jardek s’était alors retourné lui aussi vers les montagnes. Plissant les yeux au soleil levant, il finit par apercevoir le filet de fumée au sommet d’un mont auquel s’accrochait le regard du sorcier, comme subjugué. Même sous de lourdes menaces, Tobiak lui refusa la moindre parole sur ce qui les attendait au sommet.


Et s’il avait eu sa réponse, jamais il n’aurait accepté d’y monter songeait-il aujourd’hui, baissant les yeux pour ne pas croiser ceux de ses hommes alors qu’un nouveau hurlement résonnait. Comment leur donner tort, après tout ce qui s’était passé ces derniers jours ? Il n’avait même plus la force des les haranguer, de leur donner des ordres comme il le faisait encore quelques heures auparavant. Désormais il régnait dans le camp une torpeur que venaient seulement rompre les hurlements de la tente et une certaine agitation qui les suivait irrémédiablement.


Non, Jardek ne pouvait pas en vouloir à ses hommes mais il s’en voulait à lui-même. Il s’en voulait de la faiblesse de son cœur qui se déchirait à chaque nouveau hurlement, mais il s’en voulait surtout d’être responsable de ces hurlements. Il s’en voulait d’avoir une nouvelle fois cédé devant Tobiak qui le poussait à mener l’ascension. « Une dizaine hommes suffiront avait dit le sorcier. Laisse au repos tes meilleurs guerriers, nous ne rencontrerons au pire que quelques loups. » Alors une dizaine il prit, des maraudeurs valeureux mais loin d’être irremplaçables, même dans le faible effectif de l’armée, des soldats qui ne redescendirent jamais, « le prix à payer pour une arme inestimable » l’avait convaincu le sorcier. A leur retour, en effet, Jardek et Tobiak n’étaient plus accompagnés que d’un étrange chariot tiré par un poney solide lui-même mené par trois petits hommes trapus à l’allure dérangeante, au visage masqué, aux barbes tressées. Dès leur approche, les Kuls firent entendre une rumeur méfiante. Aujourd’hui, Jardek les rejoignait dans leur antagonisme, même s’il ne pouvait pas le montrer.


Un hurlement plus terrible que les précédents retentit et le sang de Jardek se glaça. Un de ses maraudeurs se leva en hurlant avant qu’un robuste guerrier lui plonge sa hache en pleine poitrine. Le général ne réagit aucunement à cette insubordination, lui-même ayant une profonde envie de faire couler le sang du premier qui bougerait, parlerait, soufflerait. Le hurlement sembla durer des heures puis s’arrêta en une longue plainte. Et puis ce fut le silence, le vrai, le premier depuis plusieurs jours. Plus de bruit de ferraille, de pas pressés, d’ordres beuglés dans un langage incompréhensible. Juste le silence.


Mais ce silence ne sembla pas rassurer les hommes de Jardek. Nombreux commençaient à se lever et à se rapprocher de la tente. Mais tous s’immobilisèrent lorsqu’on ouvrit la tente et qu’apparut, pour la première fois depuis son retour, le sorcier Tobiak, du moins ce qu’il en restait. De jeune homme vif, il ne semblait plus être qu’un vieillard maigre et usé, encapuchonné dans un manteau qui tentait de cacher au maximum un visage gris et creux. Mais le plus inquiétant était encore les tentacules bruns qui dépassaient de sa cape et se mouvaient de façon dérangeante. Le sorcier se rapprocha de son général qui, au lieu de se retourner vers le nouveau venu, se contenta de baisser la tête en silence. Tobiak lui posa une main sur l’épaule tendit qu’une seconde main, apparemment sans vie, pendait à son poignet.


« C’est fini, murmura-t-il à Jardek en resserrant son étreinte.


Dès leur retour du mont fumant, Jardek et Tobiak avaient installé les petits hommes dans une grande tente brune. Les bruits étranges commencèrent bientôt, suivis, dès le lendemain, des premiers hurlements.


Rezek et ses chevaliers étaient au premier rang des hommes en attente, « comme dans chaque bataille » se dit Jardek. Seuls les ogres restaient encore à l’écart.


Jardek croisa le regard de Rezek mais il ne pu le soutenir. Même à son fidèle lieutenant, son frère d’armes depuis tant d’années, des premières bagarres de gosses à la défense du village face aux Kurgans, même à son ami, il n’avait rien pu dire sur ce qui se cachait dans la tente brune. Encore un conseil de Tobiak qu’il n’avait pas réussi à ne pas suivre.


Jardek s’apprêtait à parler à ses hommes quand l’étreinte de Tobiak se fit plus forte et c’est le sorcier qui prit la parole :


« Mes frères, commença t-il d’une faible voix méconnaissable, comme vous le savez, une grande bataille nous attend à Betancourt. Des humains nous y affronterons, mais aussi des êtres dont vous ne soupçonnez même pas l’existence. Vous êtes des braves mais notre armée n’est pas de taille. Cependant, j’ai senti une force dans les montagnes qui nous donnera la victoire. Nous sommes montés jusqu’aux mines des nains du chaos qui nous ont offert une arme démoniaque (à ces mots, un murmure désapprobateur parcouru les hommes), un feu d’aucune mesure comparable ! Demain nous partirons au combat avec un canon apocalypse ! »


Sa voix le trahit sur ces derniers mots et une quinte de toux fit trembler son frêle corps. L’étreinte sur son épaule se relâchant, Jardek sembla sortir de sa torpeur. Il avait entendu et compris tous les mots du sorcier mais n’avait jamais pu y réagir, comme à chaque fois que Tobiak essayait de le convaincre. Ses hommes semblaient accepter trop facilement l’arrivée d’un artefact démoniaque parmi eux. Jardek commençait lui aussi à « comprendre ».


Tobiak aurait pu leur demander de s’entretuer, tous, y compris Jardek, se seraient précipités sur leurs haches, épées ou fléaux. Il saisit sa hache, prêt à l’abattre sur le maudit sorcier quand les doigts de Tobiak agrippèrent à nouveau son épaule. Les doutes du général disparurent alors.


Sans doute Tobiak avait-il raison, le canon apocalypse ne pouvait qu’être bénéfique aux Kuls, tout comme ce qui se trouvait à Betancourt, et quoi que ce fut-ce. La mission pouvait attendre, Crom devait malmener la Sylvanie et mieux valait ne pas interrompre ses conquêtes sous peine de dures représailles. Sans vraiment savoir pourquoi, Jardek saisit sa hache, la leva bien haut et poussa un hurlement de guerre, bientôt imité par tous ses hommes.


Derrière lui, Tobiak souriait.

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Publié dans Textes fluffiques

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