Texte WFB Chaos : Embuscade éthylique
Octobre 2006
Voici un petit historique que je m'étais amusé à écrire pour le tournoi d'Oermingen auquel je n'ai finalement pas pu participer. Ce petit texte plutôt fun reprend la liste à 1500pts que j'avais préparée pour ce tournoi.
C’est lorsque la tête de Dragomalfoyek roula jusqu’à ses pieds que Saarhk’o sentit que la situation lui échappait. La mort du sorcier le privait d’une force de frappe non négligeable. A lui seul, Dragomalfoyek avait carbonisé deux régiments complets de ces puantes peaux-vertes, causant une grande panique dans les rangs ennemis. Mais la perte aussi subite que définitive de la partie supérieure de son anatomie semblait clore pour de bon la participation de Dragomalfoyek à cette bataille.
Et ce fâcheux événement ne fut pas la seule source d’inquiétude pour Saarhk’o puisque l’unité de maraudeurs que conduisait Dragomalfoyek, à la suite dudit fâcheux événement et de quelques pertes personnelles (moins fâcheuses mais tout de même relativement contrariantes), décida comme un seul homme de se retourner pour aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Pour ce qui est de l’herbe, ils ne le surent jamais, par contre les orcs, eux, étaient bien aussi verts ici que vingt mètres plus loin.
Après s’être soudainement baissé afin d’éviter une flèche gobeline perdue, et sans doute destinée à Passnulpaar, géant de son état, qui gambadait joyeusement loin sur le flanc gauche de l’armée nordique, Saarhk’o maudit ces maudits maraudeurs, guerriers courageux mais pas vraiment téméraires, forts comme des bœufs mais aussi bêtes qu’eux et plus hardis avec un verre d’hydromel devant un poulet rôti qu’avec une hache devant un orc baveux.
Saarhk’o dit un dernier adieu à Dragomalfoyek en lui écrasant le crâne de sa botte, en faisant sortir un liquide jaunâtre plus que suspect, et remonta sur Ondha, son à peu près fidèle monture démoniaque herbivore. De cette hauteur, il se permit un coup d’œil circulaire mais averti sur le champ de foire et de bataille.
Sur le flanc droit, Grobilek faisait goûter à son arme lourde la chair verdâtre d’un chef orc noir tandis que les chevaliers élus qui l’accompagnaient se chargeaient méticuleusement de ses larges camarades. Grobilek et ses chevaliers étaient sans doute la plus grande force des troupes de Saarhk’o, et sans doute la seule unité à posséder de réelles capacités martiales et un minimum de discipline, de moins lorsque Grobilek ne succombaient pas aux visions de son heaume, le harcelant d’images de gamines courant dans une prairie en pente et d’hommes en chemises à carreaux labourant des champs sous le soleil.
Autour des héroïques chevaliers gravitaient les cavaliers maraudeurs. Un peu plus malins que leurs camarades piétons, ils slalomaient entre les unités ennemies, fracassant au passage quelques crânes à grand coup de fléaux et ne ratant jamais l’occasion d’une bonne grimace suggestive, ce qui avait le don de passablement énerver les peaux vertes qui passaient leur temps à poursuivre en vain les cavaliers nordiques.
Bon, à droite, la situation lui était plutôt favorable mais au centre c’était plutôt moyen, limite pathétique. En grand général qu’il était presque, Saarhk’o décida de rappeler le flanc gauche vers le centre afin de réunir les restes de son armée. Tenter de faire obéir Passnulpaar tenait de l’utopie, son seigneur le laissa donc s’amuser avec ses nouveaux joujoux verts et s’adressa aux Ogres qui en finissaient gloutonnement avec quelques chevaucheurs de loups gobelins. « Grrr » leur ordonna Saarhk’o. Devant la mine effarée des grosses brutes, il comprit qu’il s’était encore planté de grr. « Grrrrr » essaya-t-il. Au bout de quatre grr en tous genres, Saarhk’o passa aux signes ; avec plus de succès. Un dernier coup de savate pour ne pas partir fâchés, et les ogres se dirigèrent vers leur seigneur, se rapprochant des orcs agglutinés devant les lambeaux de chair de Dragomalfoyek.
Saarhk’o siffla et quelques aboiements psychopathes se firent entendre. Sa meute de chiens vint baveusement à lui l’un d’eux tenant encore dans sa gueule un bras vert sanguinolent et se plaça devant sa monture. Tous avancèrent à la rencontre des chevaliers de Grobilek, les arrières du général étant désormais assurés par les Ogres, afin de prendre en étau le gros des forces peaux-vertes. Tout en chevauchent, Saarhk’o leva le bras et le baissa sèchement et quelques ombres survolèrent le champ de bataille. Les gargouilles se posèrent juste à l’arrière des gobelins de la nuit médusés de façon à leur couper une retraite plus que probable. La couardise des mini-verts fit le reste et, quand ils ne chamaillaient pas entre eux, les unités ennemies se disloquèrent chacune leur tour devant l’avancée terrifiante d’Ondha et des ogres et les coups ravageurs des chevaliers de Grobilek, les gargouilles chassant impitoyablement les fuyards.
Bientôt il ne resta plus un seul truc vert debout sur la plaine d’Oermingen et seul Passnulpaar arpentait encore le champ de bataille à la recherche de survivant à dé-suvrivre et récoltant quelques victuailles verdâtres pour son garde-manger. En voilà un qui aura une belle indigestion demain.
Saarhk’o se dirigea crânement vers le chariot qu’avaient tenté de protéger ses ennemis du jour, ouvrit la trappe et en sorti un tonneau. Après un coup de hache bien senti, il ôta son casque et le plongea dans le liquide du tonneau fraîchement ouvert, humant sa douce fragrance. Un vague sourire tenta vainement d’éclairer son visage buriné. Les oracles de Dragomalfoyek avaient dit vrai : de l’hydromel nain du meilleur cru. Il remit son heaume, la vinasse dégoulinant sur le peu de cheveux qui lui restaient et un nouveau sourire s’y dissimula. Il y aurait ripaille ce soir. Au moins la mort de ce vieil alcoolique de Dragomalfoyek n’avait pas que des inconvénients.